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Organisation au travail : les congés illimités

Que diriez-vous de vacances illimitées ? Né aux États-Unis au cœur de la Silicon Valley, le concept de vacances illimitées est devenu la norme chez LinkedIn, Dropbox ou Netflix. Un avantage social plutôt tentant qui a le vent en poupe : plus de 300 entreprises françaises l’ont mis en place malgré un code du travail et des prestations sociales peu flexibles. Mais au final, est-ce vraiment la panacée ? Les vacances illimitées garantissent-elles plus de liberté ? Oui, selon le directeur d’une startup proposant une solution SaaS, qui a introduit cette initiative dans son entreprise. En revanche, un psychologue du travail, y voit un transfert insidieux de responsabilités pour le salarié, une source de pression et de tensions internes… À vous de juger !

 

Oui aux congés illimités : Le retour d’expérience de ce directeur

 

Améliorer la qualité de vie au travail des salariés

Depuis 2016, la startup est devenue une entreprise libérée. J’ai souhaité supprimer les hiérarchies afin de mettre tous les salariés (31 aujourd’hui) au même niveau. Je défends la logique suivante : mes collaborateurs viennent ici pour accomplir un projet, pas pour faire des plannings. Cette dynamique passe aussi par l’amélioration des conditions de travail. Les congés illimités, prévus depuis 2019 et mis en place depuis le 1er janvier 2021, s’inscrivent dans une relation plus équilibrée avec le travail. En effet, dans la vie, nous connaissons tous des moments où nous sommes moins motivés (parentalité, difficultés personnelles…). Nous avons besoin de temps pour trouver un nouvel équilibre entre vie personnelle et professionnelle. Le congé illimité est un pas dans cette direction. Aujourd’hui, dans notre entreprise, les employés ne se posent plus la question des congés. S’ils en ont besoin, ils le prennent ! Par exemple, avant, les gens ne prenaient pas de jours de congé en février ou à Pâques… Maintenant, ils le font pour être avec leurs enfants. Honnêtement, avoir cette liberté détend l’atmosphère et les relations.

Offrir plus de flexibilité dans l’organisation

Les congés illimités font partie de la transformation globale de mon entreprise. Nous l’avons fait par étapes. J’ai dû changer tous les statuts pour que chacun puisse devenir un manager et gérer son temps. Ainsi, depuis trois ans, il n’y a plus d’horaires afin de sortir du présentéisme. Si certains veulent arriver plus tôt pour aller chercher leurs enfants à l’école, pas de problème. Et vice versa. Les vacances illimitées s’inscrivent dans cette logique de flexibilité du temps de travail et d’autonomie dans l’organisation personnelle. Cela nécessite un temps d’adaptation, un accompagnement et beaucoup de communication interne ! Surtout, j’ai été accompagnée par un cabinet d’avocats afin d’anticiper les risques liés à la mise en place de ces changements organisationnels.

Promouvoir une culture de confiance et de transparence

L’adoption du congé illimité va de pair avec l’instauration d’une relation de confiance entre la direction et les employés : c’est la base de la réussite d’un tel projet. Contrairement à ce que l’on peut lire sur le sujet, ce n’est pas un moyen de pression sur les salariés ! Au contraire, cela s’inscrit dans la culture de la transparence que je prône en interne. Tous nos chiffres financiers et sociaux sont partagés et accessibles. Ou encore, les erreurs sont célébrées collectivement. Tout est fait pour instaurer et maintenir la confiance. Les vacances illimitées font partie de cette culture de bon sens. Et pour que cela fonctionne, les employés ont cocréé une charte morale pour les congés illimités : différents points en sont sortis et tout le monde l’a signée. Par exemple, quand on prend un congé, on ne doit pas empêcher l’autre de le prendre, on ne doit pas être sur un projet sous pression, ou encore on doit respecter un droit de préavis. Concrètement, si vous voulez partir pour deux semaines, vous devez donner un préavis de deux semaines.

Les besoins des salariés avant les contraintes légales

Pour qu’une entreprise fonctionne pleinement, il faut arrêter de se focaliser uniquement sur la loi ou les conventions collectives. Posons plutôt la question des besoins réels des salariés. Combien de jours pour bouger ? Pour se reposer ? Pour s’occuper des enfants ? Pour réaliser un projet ? L’objectif est de fluidifier le travail et les échanges. Pour cela, il faut sortir de la gestion des 3% qui contraint la majorité. En effet, généralement, des procédures sont mises en place pour empêcher les salariés (3% en moyenne) d’abuser du système. C’est oublier que 97% des gens sont honnêtes ! Aujourd’hui, il me semble plus pertinent de s’occuper d’eux car les 3% partent souvent d’eux-mêmes ou le groupe fera en sorte de les remettre dans le droit chemin. De plus, après quelques mois de recul, je peux vous dire qu’il n’y a pas d’abus. Les employés sont satisfaits de la gestion de leurs congés. Je ne signe rien et je ne contrôle qu’une chose : je m’assure qu’ils prennent leurs 5 semaines minimum.

 

Attention aux dérives du congé illimité : L’avertissement du psychologue du travail

 

Les risques de dérapage en dehors du cadre légal

L’idée de laisser aux salariés la liberté de choisir le nombre de jours qu’ils souhaitent prendre semble séduisante. En réalité, c’est surtout ignorer le contexte juridique qui régit le droit du travail en France. Les contrats définissent le temps de travail avec une durée légale de 35 heures par semaine. Il existe des aménagements en fonction du statut de l’employé, comme des congés compensateurs d’heures supplémentaires pour les cadres. Cependant, si on est dans une configuration de congés illimités, on ne se pose plus la question de cette durée légale ! C’est une pente très risquée pour les salariés.

Les vacances illimitées, une forme de pression tacite

En proposant des vacances illimitées, l’employeur transfère insidieusement au salarié la responsabilité du travail à effectuer. L’injonction est souvent la suivante : « Tu peux prendre autant de congés que tu veux tant que le travail est fait ». Il s’agit d’une forme de pression tacite, où la responsabilité du travail ne dépend finalement que de l’employé et non plus de l’employeur. Cela va à l’encontre de la tendance actuelle. Nous n’avons déjà pas assez de temps pour faire notre travail ! En préconisant des vacances illimitées, l’entreprise introduit une gestion du travail en flux tendu. En conséquence, travailler pendant les vacances deviendra une habitude. Ou encore, la variable d’ajustement pour la réalisation des projets sera les vacances. En effet, différentes études montrent que les salariés qui bénéficient de cet avantage prennent moins de congés !

Vers des tensions sociales et une perte de cohésion

Dès lors que chaque salarié peut prendre une pause à sa guise, il n’est plus nécessaire que le manager signe une autorisation. Chaque employé est responsable ! Mais alors, qui assure, d’un point de vue macro, la continuité du travail à effectuer ? C’est encore au collectif de s’autogérer. Attention, les conséquences peuvent être néfastes pour les relations au sein des équipes. Comment arbitrer si tout le monde veut prendre des congés en même temps ? Comment organiser les roulements pour que cela se passe au mieux ?

Des objectifs déconnectés de la réalité

La détermination des objectifs individuels se fait conjointement avec le manager. Cependant, si ces objectifs sont très élevés, comment prendre des congés ? En effet, s’il n’atteint pas ses objectifs, le salarié risque de perdre sa rémunération. Par conséquent, il est fort probable qu’il renonce à ses congés pour atteindre ses objectifs, alors que c’est un droit ! Comment garantir de bonnes conditions de travail et une santé mentale suffisante au sein des organisations ? Là encore, on peut y voir une forme de pression, facteur de risques psychosociaux à long terme.

Qu’en est-il de l’équité entre les salariés ?

Cette vague de congés illimités va dans le sens d’une flexibilisation du contrat de travail. Après l’annualisation du temps de travail, les congés illimités s’inscrivent dans cette logique car ils constituent une forme de gestion du temps. Par exemple, dans une année chargée, un employé ne prendra que 5 semaines de congés. Dans une période moins chargée, il pourra prendre quatre mois de congés. Cela reflète l’individualisation excessive que nous connaissons au niveau sociétal. Mais qu’en est-il de la question centrale de l’équité au sein des organisations ? Certaines personnes prendront certainement plus de congés que d’autres, ce qui peut faire naître un sentiment d’injustice pouvant conduire à un désengagement.

Des impacts négatifs sur les performances de l’entreprise

Avec des congés illimités, la performance risque d’être affectée par l’absence de prise en compte de la saisonnalité du travail. Si certains employés s’absentent pendant les périodes chargées, et c’est leur droit, ils auront un impact sur les activités et, au final, sur la croissance de l’entreprise. Est-ce aux employés de gérer cet aspect ? Normalement, cette tâche incombe au manager ou au PDG. Cependant, ils n’ont plus le contrôle des congés ! Alors comment organiser le travail et la gestion de la force de travail dans ces conditions ? Comment mettre en place un planning adéquat et réaliste ? Ces questions sont très sensibles et, sans réponse, elles mettent en péril la santé de l’entreprise.

Le mot de la fin by pasteque.io 🍉

Chez nous, on a sauté le pas, les congés illimités sont désormais la norme !

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